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LA GAUME ET DES CRAYONS


En Belgique, 10 km au nord de la frontière avec la France et juste à côté d’un des nombreux paradis fiscaux européens, le Luxembourg, se trouve Virton, charmante ville de 11 670 habitants.
Pour mémoire, ce fut près de Virton que, le 22 août 1914, eut lieu un des premiers affrontements entre les troupes françaises et allemandes. Les soldats français, pas encore poilus mais déjà habillés de rouge sang et bleu firent des cibles trop faciles pour les tirailleurs allemands. 2 200 soldats français et 700 soldats allemands furent tués en cette seule journée du 22 août. Le jour suivant, après la bataille de Ethe, des centaines de civils furent massacrés et de nombreuses maisons incendiées par les troupes allemandes dans des villages autour de Virton sous prétexte de la présence de francs- tireurs. Ainsi, entre le 21 et le 26 août, plus de 800 civils furent abattus à Latour, Ethe, Gomery, Mussy-la-Ville, Bleid, Grandcourt et Musson. Au final, mais ce n’était qu’un début, la dénommée « Bataille des Frontières », qui engagea 1,2 million de soldats en ce mois d’août de 1914, fit 130 000 morts. Beaucoup, beaucoup d’autres suivirent en cette longue procession macabre que fut la Grande Guerre : 9,7 millions de soldats et 8,9 millions de civils tués.
Cent ans après le début de cette première guerre mondiale, le 5e Festival International du Dessin de Presse, d’Humour et de la Caricature rassemblait à Virton, du 29 mai au 1er juin, quelques dizaines de dessinateurs de France et de Navarre, mais aussi de Hollande, du Portugal, d’Allemagne, d’Iran, de Tunisie, du Tchad, de Syrie et même de Belgique, sur le thème « Quand sera la paix ». Dans cette sympathique ville de la Gaume, ils brandirent fièrement leurs crayons, arme bien fragile et d’une relative efficacité contre toutes les misères du monde, afin de déclarer la paix à la guerre. Ainsi, entre deux gorgées d’Orval, l’excellente bière trappiste que fabriquent les moines de l’abbaye cistercienne voisine, des confrontations verbales eurent lieu dans un climat on ne peut plus pacifique et des traits furent tirés à bout portant sur les nombreux visiteurs consentants et caricaturés sous toutes les coutures.
Les dessins des 62 participants étaient très correctement présentés ici et là dans la ville, mais un peu n’importe comment sous le vaste chapiteau installé face à l’église Saint-Laurent de Virton. Cela
sera sûrement corrigé l’année prochaine. La centaine de sponsors, pour la plupart aux moyens plutôt modestes, ont mis les petits plats dans les grands pour rendre le séjour des dessinateurs le plus agréable possible et ceux-ci leur ont remercié en mettant les pieds dans le plat comme il se doit entre gens de bonne compagnie.
Quant aux trois rois mages Angelo, Raphaël et Philippe, créateurs de ce festival et infatigables anges gardiens de la horde sauvage de dessinateurs en furie, tout le mal qu’on peut dire d’eux c’est qu’ils ont su improviser des miracles de dernière minute dans une apparente bonne humeur et ce malgré les malvenus dépassements d’un maigre budget qui n’a rien à voir avec la folie des grandeurs d’un Sarkozy en campagne présidentielle.
Une dernière remarque : j’ai oublié d’acheter le catalogue, très beau pas cher. La faute à Orval, évidemment.

Carlos Brito
Vice-président général de la FECO

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